Chapitre 14. La marque, sa lecture, et l’effaceur d’index

Ce que l’on va voir. Le texte sur la panique construit d’abord quatre notions à partir de rien : la marque (et non la blessure), ses deux faces (une tension et une signification), la lecture qui exige une adresse, et le tiers sans lequel une marque honteuse ne se lit pas. Il pose ensuite son hypothèse centrale : la honte n’efface pas le contenu de la scène, elle en efface l’adresse. Il la redit en termes de circuit (un court-circuit, non une coupure), ce qui explique qu’on ne retienne rien d’une crise à l’autre. Viennent alors trois pièces propres à ce texte : le recrutement (la honte se nourrit de qualités socialement récompensées), l’adresse leurre (un récit vrai, douloureux, qui n’est pas le lieu de la marque), et la fausse assurance (ceux qui se déclarent les plus solides font les crises les plus brutales). Le chapitre se clôt sur la honte saine, celle qui est reçue et se termine.

14.1 La marque à deux faces

É14.1 (L) : La marque contre la blessure. Appelons marque ce qui s’inscrit dans un sujet lors d’un épisode qui compte. Le terme est choisi contre celui de blessure, et la substitution n’est pas cosmétique. Une blessure est un dommage matériel qui se répare par le temps, qui laisse une cicatrice, et qui fait de son porteur un blessé. Ce qui s’inscrit dans un psychisme n’a aucune de ces propriétés. Cela peut s’installer sans douleur ressentie sur le moment, ce qu’aucun dommage ne fait. Cela peut se réveiller intact quarante ans plus tard au contact d’un mot, ce qu’aucune cicatrice ne fait. Et cela se modifie par relecture, non par écoulement du temps. (La troisième partie, chapitre 22, développe cette thèse.)

É14.2 (L) : Les deux faces de la marque : tension et signification. Toute marque porte deux faces, inséparables. La première est la tension : ce que la marque fait au corps, la charge qu’elle maintient, l’énergie qu’elle consomme pour être tenue. Cette face est somatique, mesurable, et elle ne demande aucun langage pour exister. La seconde est la signification : ce que la marque dit du sujet, sa position dans le commun, l’énoncé qu’elle porte. « On ne peut compter sur personne. Je suis trop. Je ne suffis pas. C’est toujours moi qu’on laisse. » Cette face est propositionnelle, et elle gouverne longtemps sans jamais avoir été relue. Les deux faces ne sont pas séparables sans que la marque cesse d’être ce qu’elle est : « Une tension sans signification serait une douleur sans nom ; une signification sans tension serait une phrase sans charge, c’est-à-dire une opinion. »

14.2 La lecture, l’adresse qu’elle exige, et le tiers

É14.3 (L) : Lire une marque, c’est rabattre une face sur l’autre ; il y faut une adresse. Une marque se traverse par lecture. Lire une marque, c’est rabattre l’une de ses faces sur l’autre : reconnaître que la tension éprouvée et l’énoncé porté sont les deux faces du même objet, et libérer leur écart comme un troisième terme distinct. Ce troisième terme est ce qu’on appelle ordinairement comprendre : non pas savoir des choses sur la scène, mais disposer enfin de l’écart entre ce qu’elle fait et ce qu’elle dit. L’opération exige une adresse : on ne relit pas un contenu flottant ; on retourne à une scène, c’est-à-dire à une position datée et située dans la carte intérieure du sujet. Une marque adressée est une marque que l’on peut chercher, même si l’on n’ose pas y aller. Une marque désadressée n’est pas seulement inaccessible : elle est introuvable, et son existence même n’est plus déclarée au sujet qui la porte. (C’est l’opération du chapitre 1, appliquée à la marque.)

É14.4 (L) : Un sujet ne peut pas lire seul une marque dont il a honte. L’argument ne fait appel à aucun manque de courage. Lire suppose deux positions occupées simultanément : celle de ce qui est lu, et celle de qui lit. Dans une marque ordinaire, le sujet peut occuper les deux successivement, et le fait sans difficulté. Dans une marque honteuse, la position de lecteur est celle d’un juge, et le sujet ne peut pas simultanément s’asseoir au banc des accusés et tenir le siège du lecteur qui abaisse la température de la scène. Il faut un tiers, non pour interpréter, mais pour rendre la lecture supportable. Ce que le tiers apporte est la normalisation : la restitution du sujet dans la condition commune. La honte tient tout entière sur la conviction d’être seul à être ainsi, et elle est dissoute par l’expérience du contraire, non par l’argumentation (loi de Brown, É9.24 ; Brown 2007).

É14.5 (L) : Les deux faces du sujet et l’auto-indexation. Tout sujet porte deux faces. Une face d’incarnation : ce qu’il fait, dit, ressent, choisit. Une face réflexive : ce qu’il lit de son incarnation, ce qu’il en pense, ce qu’il en approuve ou en regrette. Ces deux faces ne sont pas des instances en conflit ; elles sont les deux orbites d’une même opération, entièrement interne au sujet. Appelons auto-indexation le bon fonctionnement de cette opération : la face réflexive lit la face d’incarnation, reconnaît ce qu’elle lit comme sien, et cette lecture nourrit l’incarnation suivante. La boucle est productive : je me lis, j’apprends, j’agis autrement. Un sujet bien formé s’auto-indexe. Les défauts de cette opération, et non des affects particuliers, sont ce que le chapitre 16 décrit.

14.3 L’effaceur d’index

É14.6 (F) : La propriété unique de la honte, établie depuis un demi-siècle. Parmi les affects, la honte possède une propriété que nul autre ne partage : elle se cache elle-même. Ce fait est établi depuis un demi-siècle (Lewis 1971, à cinquante-cinq ans de distance) ; il est exposé avec ses appuis (Lewis, Tangney et Dearing, Scheff, Nathanson) au chapitre 9, §9.1, auquel on renvoie. Le texte sur la panique y voit la pièce maîtresse : la boucle honte-de-la-honte de Scheff, où chaque tour éloigne la scène d’origine d’un cran supplémentaire.

É14.7 (L) : Hypothèse centrale du texte : la honte efface l’adresse, non le contenu. La littérature établit que la honte se dissimule. Le texte propose un cran de plus : ce que la honte efface n’est pas le contenu de la scène, c’est son adresse. La marque, elle, demeure entière. Sa face tension continue de consommer, sa face signification continue de gouverner, et c’est bien pourquoi l’alarme qu’elle alimente reste pleine et n’a rien perdu de sa puissance. Ce que la honte attaque n’est pas la marque : c’est la relation de lecture. Le refoulement ordinaire ferme l’accès : la scène est là, le sujet sait à peu près où, et il n’y va pas. La honte, par sa boucle récursive, fait davantage. Chaque tour de honte de la honte recouvre non seulement la scène, mais le chemin qui y mène, puis le fait qu’un chemin existe, puis le fait qu’il y ait quelque chose à trouver. Au terme du processus, le sujet ne porte pas un souvenir interdit : il porte une marque sans coordonnées. « Le corps sait ; la tête n’a plus l’adresse. »

É14.8 (L) : Secret, refoulé, marque désindexée (formulation du texte sur la panique). Le secret est une marque dont le sujet gouverne la lecture ; la clé est dans sa main, et la marque peut demeurer saine indéfiniment. « Le refoulé est une marque dont la peur tient la clé. » L’adresse existe encore, mais la garde est subie plutôt qu’exercée ; c’est l’état que la relecture peut forcer, avec du temps et un tiers. La marque désindexée est le troisième état : la peur n’a plus besoin de tenir la clé, parce qu’il n’y a plus de serrure trouvable. (Formulation reprise et généralisée dans le traité, É3.10.)

14.4 Le court-circuit

É14.9 (L) : Un court-circuit n’est pas une coupure. Ce qui précède décrit l’effacement en termes de position. La même opération se décrit en termes de circuit, et cette seconde description rend des conséquences que la première laissait implicites. Un court-circuit n’est pas une coupure : c’est un chemin de résistance nulle apparu en travers d’un circuit, et par lequel le courant passe au lieu de traverser la charge qu’il devait alimenter. Le fil n’est pas rompu et l’organe n’est pas détruit : il est contourné, et l’énergie qui devait faire un travail se dissipe en chaleur. Le circuit normal est celui de l’auto-indexation (É14.5) : une marque arrive, la face réflexive la lit, la lecture nourrit l’incarnation suivante, et le sujet acquiert. La honte pose une dérivation en travers de ce circuit. La charge ne traverse plus l’organe de lecture, elle ne produit donc aucun acquis, et elle se dissipe ailleurs. La crise (chapitre 15) est cette dissipation.

É14.10 (L) : Trois conséquences du court-circuit. Rien ne s’apprend d’une crise à l’autre. On dit que la panique se répète ; il faut dire davantage : un sujet peut en avoir traversé quarante sans rien en tirer, parce que le segment contourné est précisément celui qui apprend. La répétition à l’identique est le comportement attendu d’un circuit dont la charge est court-circuitée. L’acquis antérieur reste écrit, et devient inatteignable par cette route. Un contournement n’efface pas ce qu’il contourne. Le sujet sait donc des choses vraies sur lui-même, il peut les énoncer à froid, et elles ne servent à rien pendant la crise : elles ne sont pas fausses, elles sont hors du chemin que le courant emprunte. Le contre-registre est coupé, momentanément. L’énoncé de honte porte sur l’être, et un énoncé sur l’être est réfutable par contre-exemples ; pour se maintenir, il doit donc rendre les contre-exemples indisponibles. La mémoire des bons coups, des réussites, des fois où l’on a tenu, se trouve hors circuit au moment précis où elle servirait. L’effacement est momentané et non destructif : après la crise, le sujet énumère sans difficulté ce dont il ne trouvait plus trace une heure plus tôt. (Le traité reprend ce point au chapitre 9, §9.6, avec l’appui de Bower 1981 : un état sombre rend les souvenirs sombres plus accessibles et les souvenirs favorables moins.)

É14.11 (L) : Le tiers dépositaire, troisième fonction. Rappeler à quelqu’un ses qualités pendant une crise échoue, et cet échec ne signifie ni mauvaise volonté ni désaccord : le registre est hors ligne ; l’opération est juste, son moment est faux, et elle appartient à l’avant ou à l’après. Le tiers reçoit alors une troisième fonction, après celle de co-régulateur et celle de lecteur : il est dépositaire. Il tient le registre pendant la coupure, non pour le réciter au mauvais moment, mais pour qu’il existe encore quelque part lorsque le sujet ne l’atteint plus.

É14.12 (L) : Pourquoi seul cet affect produit ce défaut (forme du texte sur la panique). Il reste à établir que l’effacement d’adresse est propre à la honte, et non un effet possible de tout affect intense ; sans cela, l’hypothèse serait décorative. L’argument est structurel : il faut un affect qui porte sur l’être (distinction de Lewis), qui soit récursif (boucle de Scheff), et qui interdise sa propre expression (« c’est la loi de Brown, et elle explique que l’effacement tienne malgré la présence d’autrui »). La peur ne satisfait aucune des trois conditions ; la colère et la tristesse non plus ; la culpabilité satisfait au mieux la troisième, et partiellement. La honte satisfait les trois. Le traité (chapitre 9) a précisé depuis que l’énoncé porte sur la honte non reçue, agent de la seconde transition seulement, et a fait passer le test à l’angoisse et au dégoût.

14.5 Le recrutement

É14.13 (L) : La honte ne se cache pas passivement : elle se nourrit et elle recrute. Les trois conditions décrivent un affect qui se dissimule. Elles ne disent pas encore le plus remarquable, qui se déduit d’elles et qui explique la stabilité de l’effacement sur des décennies. Un sujet doit vivre, agir, travailler et tenir sa place tout en portant une marque dont l’expression lui est interdite. Il construit donc, autour du point interdit, des conduites qui permettent de fonctionner sans jamais s’en approcher. Ces conduites ne sont pas des symptômes surajoutés : elles sont l’architecture qui rend la vie praticable, et elles deviennent porteuses au sens où l’on parle d’un mur porteur. Les quatre sorties de Nathanson se lisent alors comme quatre familles d’alliés plutôt que comme quatre réactions. Le retrait recrute l’isolement, qui supprime les occasions d’être lu. L’attaque de soi recrute une sévérité intérieure qui a l’apparence de la lucidité, et qui se présente donc comme une vertu. L’évitement recrute l’occupation, la performance, parfois la substance. L’attaque de l’autre recrute l’agression, laquelle recrute à son tour la réaction d’autrui, qui confirme l’énoncé de départ.

É14.14 (L) : Des alliés socialement récompensés. Le trait décisif est que plusieurs de ces alliés sont socialement récompensés. La honte se loge volontiers derrière l’excellence professionnelle, l’autonomie sans faille, la disponibilité pour tous, l’humour, la compétence à ne jamais demander. Ce sont des qualités, réellement, et elles sont saluées comme telles. L’entourage devient alors un allié involontaire : en félicitant exactement ce qui recouvre, il consolide le recouvrement. La peur ne recrute pas l’approbation d’autrui pour rester invisible ; la honte le fait, et elle le fait d’autant mieux que le sujet réussit.

É14.15 (L) : L’adresse leurre. Un système ainsi consolidé ne se contente pas d’effacer une adresse : il en fournit une autre. Le sujet dispose presque toujours d’un récit disponible, plausible, cohérent, socialement recevable, qui occupe la place de la scène introuvable : un deuil, un échec, une période difficile, une explication vraie et respectable. Appelons cela une adresse leurre. Elle n’est pas un mensonge, et c’est ce qui la rend efficace : elle est exacte, elle est douloureuse, et elle n’est pas le lieu de la marque. L’adresse leurre capture le tiers. Un accompagnateur qui l’accepte travaille correctement, avec bienveillance, sur une position qui n’est pas la bonne, et le travail progresse en compréhension sans que rien ne change dans la fréquence des crises. « Ce n’est pas un échec de méthode : c’est l’effet attendu d’une opération juste appliquée à une adresse fausse. »

É14.16 (P) : Le repère de l’adresse vraie. Une contrainte s’ajoute pour le tiers : ne pas se satisfaire de la première scène plausible. Le signe qui distingue les deux est simple et vérifiable, et il est déposé comme repère : « une adresse vraie, une fois relue, réduit la charge ; une adresse leurre se relit indéfiniment sans que la charge bouge » (hypothèse ; mesure proposée au chapitre 18).

14.6 La fausse assurance

É14.17 (L) : La fausse assurance est une inférence honnête, non éprouvée. Le recrutement produit un dernier effet, qui referme le mécanisme sur lui-même. Le sujet ne sent pas sa honte : l’affect a été enterré par la récursion, et l’architecture fonctionne. Il en tire la lecture que la situation autorise, et cette lecture porte sur lui-même : je n’ai pas de honte, rien ne m’atteint, je suis solide. Cette conclusion n’est pas une vantardise ; elle est une inférence honnête à partir de données réelles, puisque le sujet ne perçoit effectivement rien, et qu’il fonctionne effectivement bien. Ce qui distingue cette assurance d’une solidité véritable n’est pas le degré de confiance, mais son mode d’établissement. Une solidité véritable est calibrée : elle a été éprouvée, ses limites sont connues du sujet, et il sait à peu près où il cède ; elle comporte des seuils déclarés, ce qui lui permet de signaler son approche de la limite avant de l’atteindre. La fausse assurance repose au contraire sur l’absence d’épreuve, puisque l’épreuve consisterait à approcher le point interdit. « Elle est une confiance dans un mur que l’on n’a jamais poussé. »

É14.18 (L) : Pas de paliers : rien, puis tout. Un système non calibré n’a pas de zone d’avertissement. Les signaux de faible intensité, qui devraient s’accumuler en avertissements gradués, sont niés au fur et à mesure qu’ils arrivent, parce que les admettre contredirait la solidité déclarée. Le sujet ne les censure pas volontairement : il ne dispose d’aucune place où les ranger, puisque sa lecture de lui-même ne prévoit pas qu’ils existent. La charge monte donc sans produire aucun palier. Cette absence de palier rend compte du caractère binaire de la crise : les sujets rapportent une continuité de bon fonctionnement, puis une alarme totale, sans gradient intermédiaire. Un système à seuils déclarés produirait une montée perceptible ; un système sans seuils produit exactement ce qui est décrit, rien, puis tout.

É14.19 (L) : Les plus solides déclarés font les crises les plus brutales ; un défaut d’instrumentation. Ce ne sont pas les sujets qui se savent fragiles qui font les crises les plus brutales : ce sont ceux qui se déclarent le plus solides, parce que la déclaration de solidité est précisément ce qui supprime les paliers. La fragilité en question n’est donc pas un manque de force. « C’est un défaut d’instrumentation. »

É14.20 (L) : La crise est la seule forme admissible de la décharge. Pourquoi la charge sort-elle sous la forme d’une crise plutôt que sous une autre ? Parce que la crise est la seule forme admissible. Une crise de panique se présente comme un événement du corps : le cœur, le souffle, la sensation de mourir. Elle est involontaire, elle ne porte aucun verdict sur l’être, et elle peut être racontée sans que rien de honteux soit dit. C’est la seule sortie qui ne viole pas l’interdiction, et elle est de ce fait le dernier des alliés recrutés : « le mur ne s’ouvre pas, mais il cède quelque part, et il cède en un point qui ne nomme personne ».

14.7 La honte saine, et la condition exacte de l’effacement

É14.21 (L) : La honte est une alarme ; elle est saine quand elle peut être répondue. La honte signale un écart entre ce que l’on a fait et ce dont on se tenait capable, et cet écart est réel. Une alarme est saine lorsqu’elle peut être répondue, et celle-ci le peut. Répondre à une honte, c’est être reçu à hauteur d’yeux : quelqu’un entend, ne recule pas, et signifie que la chose est commune. Ce geste annule le différentiel de stature ; c’est très exactement la normalisation, et l’on voit pourquoi elle fonctionne : « elle n’est pas une consolation, elle est l’annulation d’une différence de taille ». La honte ainsi répondue est brève. Elle est balayée aussi vite qu’elle est venue, et elle laisse un acquis, puisque le circuit de l’auto-indexation a été traversé normalement. Elle devient de la compétence : j’ai appris, je saurai. C’est le fonctionnement ordinaire, il est majoritaire, et il ne produit aucune crise. (Le texte sur la panique définissait la honte comme « une détresse à deux composantes », défaut de savoir et différentiel de stature, et écrivait que « c’est la seconde qui fait la honte » ; le traité a corrigé cette définition par le cas de la vergonha : la stature est l’instrument de la coupure, non sa cause, É9.19.)

É14.22 (L) : Ce n’est pas la honte qui efface l’index, c’est la honte non reçue. Une honte qui n’a trouvé aucun lecteur dans une fenêtre courte entre en récursion, se généralise de l’acte à l’être, et ce n’est qu’alors qu’elle commence à effacer. L’effacement est donc un état terminal, atteint par défaut de lecture, et non une propriété de l’affect. Une conséquence en découle pour la distinction de Lewis : elle n’est pas un point de départ, elle est une issue. Une honte reste locale quand elle est reçue ; elle se généralise quand elle ne l’est pas. La variable discriminante est la présence ou l’absence d’un lecteur dans les heures ou les jours qui suivent.

É14.23 (L) : Deux réordonnancements : l’organe social devient nécessaire ; « défaut de relation » s’entend à la lettre. Si l’effacement dépend de la disponibilité d’un lecteur, alors l’organe social qui fournit ou ne fournit pas ce lecteur détermine quelle fraction des hontes ordinaires se termine, et quelle fraction entre en récursion : le chapitre 17 cesse d’être un développement latéral et devient nécessaire. Et l’énoncé É13.1 reçoit son sens plein : hors causes organiques, la panique est un défaut de relation, à la lettre. Le défaut n’est ni dans l’affect, qui est normal, ni dans l’alarme, qui est correcte, ni dans le sujet, qui a réagi comme il fallait. Il est dans une relation de lecture qui n’a pas eu lieu.